Quid du monde post-croissance ? Interview de Jérôme Batout

Quelques extrais d'une géniale interview d'un Jérôme Batout, philosophe, économiste, et enseignant à la LSE à ...32 ans (!) parue dans l'Expansion de Janvier 2012 (p85) et aussi dispo en ligne

Edit 7 avril 2013: Jérôme Batout est devenu conseiller spécial de Jean-Marc Ayrault selon libé.

Pourquoi géniale ?
Parce qu'il prend un recul sur la crise actuelle que je n'ai jamais lu ailleurs. Il replace l'économie actuelle face à l'Histoire, face à l'Homme, pour rappeler que cette crise n'est pas simplement une histoire de déficits et de dettes, mais la fin d'une ère, d'une croyance en un système.

Extraits:

L'Economie et l'Histoire
L'économie n 'a pas toujours été tournée vers la croissance.
Dans les sociétés premières, les hommes recherchaient la constance: transmettre le monde reçu des ancêtres.
AU XIXe siècle, on a recherché l'abondance : résoudre un problème de répartition des richesses.

Maintenant on cherche la croissance, à l'infini, sans espoir que cela résolve un problème et que l'histoire s'arrêtera. 
Cette quête infinie est angoissante car l'homme ne sait plus au nom de quoi il transforme le réel.

Occident vs Orient
C'est le statut de l'économie comme principe de gouvernement de nos sociétés qui est en cause en occident.
"Les Chinois, d'une certaine manière, sont heureux comme les Européens durant les Trente Glorieuses.
Les Européens, eux, n'y croit plus."
"Le partage entre les émergeant et les autres ne tient pas à un taux de croissance, mais à un taux de croyance.
De là résulte une énorme illusion d'optique : on croit que les Européens sont largués, qu'ils sont finis. En fait, l'Europe est la première zone à saisir l'aporie (= problème insoluble et inévitable) de sa volonté de croissance : elle se retrouve aux avant-postes de l'histoire.
La question posée est celle de la manière dont une société tient ensemble et s'auto-produit dans le temps."

Monnaie
"Lorsque l'action économique n'est plus gouvernée par un horizon désirable, alors la monnaie n'est plus la mesure de la valeur, mais la valeur elle-même."

Remise en cause de la croissance
"Désormais conscient de vouloir la croissance sans aucun terme assignable, nous ne comprenons plus le sens de tout cela.
Nous perdons actuellement un temps précieux en refusant d'admettre que la crise véhicule des doutes majeurs quant à notre rapport au temps, à notre conscience historique et à la valeur que nous donnons à notre pouvoir de transformer le réel."

"Il ne s'agit pas être pour ou contre la croissance, il s'agit de penser les termes de son dépassement."

"Ce qui se révèle très difficile, c'est l'obligation de vivre le moment actuel avec la conscience de ces défis de très long terme et l'urgence de protéger des sociétés prises dans une crise dont le trait majeur est la vitesse de propagation dans toutes les sphères de l'existence humaine et sociale."
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